Carte drolatique d’Europe de 1870

caricature de la géopolitique de l'Europe en 1870

Petite découverte sur Gallica, bibliothèque numérique de la BnF (en partenariat avec le magazine Historia), lors de mes recherches pour le “Bazar de l’Histoire”, cette carte drolatique d’Europe pour 1870 réalisée par Paul Hadol.

 

Paul-Joseph Hadol (1835-1875) est un célèbre illustrateur et caricaturiste français qui collabora avec de nombreux titres de la presse satirique et humoristique comme Le Gaulois, La Vie parisienne ou encore L’Eclipse. Il est surtout connu pour être l’auteur d’un recueil de caricatures politiques fameux, La Ménagerie impériale.

 

Cette carte originale reprend les codes anthropomorphiques chers à l’artiste (l’ourson irlandais) ainsi que des clichés culturels de l’époque sur les pays et leurs dirigeants.(casque à pointe prussien ou Garibaldi pour représenter l’Italie).

Cette carte est accompagnée d’une légende écrite par Hadol lui-même : “ L’Angleterre, isolée, peste de rage et en oublie presque l’Irlande qu’elle tient en laisse. L’Espagne fume, appuyée sur le Portugal. La France repousse les envahissements de la Prusse, qui avance une main sur la Hollande l’autre sur l’Autriche. L’Italie, aussi, dit à Bismarck : Ôte donc tes pieds de là. La Corse et la Sardaigne… Un vrai Gavroche qui rit de tout. Le Danemark, qui a perdu ses jambes dans le Holstein, espère les reprendre. La Turquie d’Europe braille et s’éveille. La Turquie d’Asie aspire la fumée de son narguilé. La Suède fait des bonds de panthère. Et la Russie ressemble à un croquemitaine qui voudrait remplir sa botte.” 

 

Cette description fait référence à la situation diplomatique explosive du début des années 1870. Les empires et royaumes se bousculent les uns les autres tandis que leurs voisins essaient difficilement de les contenir.

La France du Second Empire représentée en zouave napoléonien, baïonnette au canon, est tournée vers l’est prête à frapper la Prusse, caricaturée en un Bismarck casqué, énonciateur de la guerre Franco-prussienne à venir. 

Cette Prusse, au casque à pointe visiblement trop grand, pose sa main droite sur la Hollande (région des Pays-Bas sur la mer du Nord) véritable position stratégique ainsi que sur l’Autriche. Ce pays au fait de sa puissance, va achever l’unité allemande à la suite de la guerre contre la France et proclamer l’Empire allemand le 18 janvier 1871 dans la galerie des Glaces à Versailles. 

La Suisse, située entre la France et la Prusse, est enfermée dans son chalet.

L’Autriche est écrasé par le poids de la Prusse, signifiant sa défaite lors de la guerre austro-prussienne de 1866 qui s’est soldée par la perte de territoires et d’influence sur les états confédérés d’Allemagne du Nord (au profit de la Prusse) et sur la Vénétie (Italie).

Le Danemark est “cul de jatte” suite à la guerre des Duchés de 1864, dans laquelle le pays a perdu les duchés de Schleswig et de Holstein placés respectivement sous administration Prussienne et Autrichienne. 

L’Italie est représentée en Garibaldi personnifiant une Italie réunifiée (royaume d’Italie créé en 1861 à partir du royaume de Sardaigne) mais qui essaie de bloquer le pied de la Prusse un peu trop envahissante.

La Corse (française) et la Sardaigne (italienne) profitant de l’agitation générale sont soudées en un Gavroche frondeur.

L’Espagne, représentée en duègne (chaperon) veille sur ce pays redevenu “jeune fille”. 

En effet, en 1870, le pays se cherche un nouveau souverain après la révolution de septembre 1868 qui a vu la reine Isabel II chassée du trône, après s’être réfugiée en France, elle abdique le 25 juin 1870. Le pays devient à ce moment là une monarchie constitutionnelle et le fils du roi d’Italie Victor-Emmanuel 2, Amédée 1er, sera élu Roi des Espagnols.)

La Grande-Bretagne quant à elle, imaginée en douairière irritée, coiffée de l’Ecosse, tente de maîtriser l’ourson irlandais mal-apprivoisé. A cette époque, la reine Victoria, en retrait dans le château de Windsor suite à la mort de son époux en 1861, doit faire face à un mouvement républicain hostile qui exige son abdication. De surcroît, l’Irlande après deux famines (la terrible famine entre 1846 et 1848 et la famine de 1879) voit sa population baisser de moitié et les mouvements pour l’indépendance reprendre de la force (début de la “guerre agraire” qui conduira par la suite à des réformes agraires qui améliorent la situation des paysans irlandais).

La Turquie, à l’époque l’empire ottoman (surnommé “l’homme malade de l’Europe” par l’empereur russe Nicolas 1er en 1853), entame son déclin et fait face aux insurrections successives dans ces territoires en Europe (indépendance de la Grèce en 1830, annexion de la Bosnie-Herzégovine par l’Empire Austro-Hongrois en 1878, soulèvement en Bulgarie en avril 1876 puis son indépendance en 1878).

Enfin, la Russie est représentée en croquemitaine terrifiant lorgnant sur la Crimée. En effet, le 31 octobre 1870, les dispositions des articles relatifs à la dématérialisation de la mer Noire

(traité de Paris de mars 1856 suite à la guerre de Crimée) sont abrogés unilatéralement par la Russie.

 

Vendue 20 centimes, cette carte a connu un véritable succès, a été traduite en allemand (Karte von Europa im Jahre 1870) et en anglais (Latest War Map of Europe) et a même été vendue aux Etats Unis.

 

Sources :

  • historia.fr/les pépites de gallica/carte drôlatique de l’europe
  • napoleon.org/histoire des 2 empires/cartes/cartes drolatique d’europe pour 1870 par paul Hadol.
  • wikipédia : empire ottoman, royaume de Prusse, reine Victoria.

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