Caricature du pacte germano-soviétique

Petite trouvaille lors de ma promenade sur le site histoire-image que je voulais vous faire partager. Il s’agit d’une carte postale satirique qui propose une interprétation du Pacte germano-soviétique de 1939.

Depuis leurs apparitions vers la fin du XIXe siècle, les cartes postales ont tendance à présenter de manière satirique et humoristique (mais tout aussi didactique) les thèmes politiques ou d’actualité. Autrefois moyen de communication, elles sont aussi de véritables objets de collection. 

Cette image caricaturiste présente une illustration signée par un certain Gilbert. Parue entre la fin août et septembre 1939, elle a pour titre « Hitler dresse le cousin russe ». On y voit debout sur une carte de l’Europe, Hitler avec sa célèbre moustache et un uniforme accompagné d’une croix gammée qui joue du tambourin pour un Staline caricaturé en ours portant une casquette avec l’étoile rouge. Diffusée dans toute la France, cette caricature a été faite à l’occasion du pacte germano-soviétique signé le 23 août 1939 au Kremlin entre l’Allemagne nazie et l’Union soviétique.

Signé en présence de Staline, par les ministres des Affaires étrangères des deux puissances idéologiques (Von Ribbentrop pour les Allemands et Molotov pour les Soviétiques), ce pacte surprend le monde entier. En effet, d’un côté nous avons le IIIe Reich et son idéologie nazie profondément anticommuniste et de l’autre l’URSS communiste qui s’est toujours prétendu comme ennemis du fascisme. Par ailleurs, ce pacte inquiète, car il signifie pour les puissances occidentales, un conflit prochain hypothétique avec l’Allemagne sans le soutien russe pour ouvrir un front à l’est.

Signature du pacte par Molotov avec Ribbentrop (debout derrière Staline) © United States Holocaust Memorial Museum – 242-JRPE-44

 En résumé, cet accord c’est :

  Un pacte de non-agression entre les deux signataires, et l’engagement de neutralité en cas de conflit de l’une des deux parties avec les pays occidentaux.

  Un accord avec un volet économique qui prévoyait l’échange de biens manufacturés allemands contre des matières premières soviétiques (blé, fer, caoutchouc, pétrole…).  Un échange qui permet à Berlin de disposer des ressources indispensables à son industrie militaire pour poursuivre son réarmement, tandis que Moscou recevait des machines-outils, de l’équipement et des armes.

  Mais également un protocole « secret » (L’URSS a nié son existence jusqu’à la fin du bloc soviétique, en 1991) qui partage l’Europe et répartit les territoires à « annexer » (Pologne, États baltes, Finlande, Bessarabie) entre les 2 puissances. Un moyen pour le Reich d’obtenir son espace vital (Lebensraum) tandis que l’URSS regagnait les territoires perdus par l’ancien empire russe durant la Première Guerre mondiale.  

 La conclusion de ce pacte permet par conséquent à l’Allemagne d’attaquer sereinement la Pologne le 1er septembre 1939, sans crainte d’une réaction soviétique (qui annexa la partie orientale de la Pologne 17 jours plus tard).

 

Mais revenons à notre caricature ou plutôt à l’interprétation que propose son auteur. De manière humoristique, Gilbert a représenté une lecture de cet accord avec un Hitler calculateur qui dresse l’accommodant ours Staline. Mais, le Führer a beau amuser l’ours avec son tambourin (qui évoque par la musique, les belles paroles et promesses du pacte), il dissimule également un fouet, symbole de la puissance militaire du Reich qui menace à tout moment de s’abattre sur l’URSS et le reste de l’Europe.

 De plus, Staline a beau être grimé en ours et sembler docile et conciliant avec l’Allemagne, il n’est pas moins féroce. Pour preuve, sa faucille, symbole du communisme, est maculée de sang (rappelant sans doute des précédentes purges et massacres commis par le régime dans la seconde moitié des années 1930). En outre, le choix d’animaliser Staline en ours (un des symboles de la Russie) est de le monter plus inquiétant, imprévisible, plus barbare et donc moins civilisé.

 En somme, sous l’apparence d’une scène amusante, l’auteur a voulu montrer que ce pacte est un jeu de dupes auquel se prêtent deux régimes antagonistes tout aussi menaçants l’un que l’autre (à l’image des griffes sur les pattes de Staline et les bottes cloutées de Hitler qui suggèrent un danger pour le reste du continent). Comment concevoir que Staline et Hitler aient pu souscrire à ce pacte contre nature ? D’autant que chacun cultivait, depuis la fin des années 1920, la haine de l’autre. Ainsi, ce traité de neutralité armée est vu comme une solution ponctuelle et fragile née de calculs d’intérêts et d’une volonté commune de gagner du temps avant un affrontement plus que probable.

 

Et cet affrontement, ce n’est pas une surprise, arriva et fit voler en éclat cette drôle de paix. Après la Blitzkrieg sur le front de L’ouest, Hitler, ayant davantage besoin des ressources minières et pétrolifères soviétiques, put déchainer sa haine des communistes en attaquant l’URSS le 22 juin 1941 (l’opération Barbarossa).

Crédit image Gilbert “Hitler dresse le cousin russe” © Mémorial de Caen.

Sources :

  • Alexandre Sumpf “Hitler dresse le cousin russe” – histoire-image.org – mars 2015.
  • Balthazar Gibiat “Pacte germano-soviétique : les coulisses de l’accord secret entre Hitler et Staline” – Geo Histoire – août 2021.
  • Encyclopédie mondiale de la Shoah – Le pacte germano soviétique, août 1939.
  • Wikipédia “Relations économiques entre l’Union soviétique et l’Allemagne nazie”.

 

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