La statue équestre de Marc Aurèle préservée grâce à une méprise

Chef d’œuvre de l’art romain conservé aujourd’hui aux musées capitolins, cette statue équestre dédiée à l’empereur Marc Aurèle nous est parvenue dans un excellent état de conservation. Il s’agit de la seule statue équestre de taille colossale datant de l’Antiquité ! 

 

Apparu en Grèce au milieu du VIe siècle av J-C, ce genre statuaire, initialement réservé aux cavaliers victorieux à une course, est rapidement utilisé pour honorer les plus hauts personnages de l’Etat, magistrats, généraux victorieux, souverains. Placées sur le forum de Rome, avec l’approbation du Sénat, ces equi magni constituent un honneur suprême pour les personnes représentées. Durant l’époque impériale, il y aurait eu, selon des descriptions tardives, jusqu’à 22 statues de ce type.

 

Cette sculpture survivante en bronze doré mesure plus de 4 mètres de haut. Elle représente l’empereur Marc Aurèle avec beaucoup de réalisme. On le voit ici plutôt jeune avec une chevelure épaisse et bouclée et une barbe mi-longue. Assis sur un puissant destrier, il est vêtu d’une tunique courte ceinturée à la taille avec un manteau agrafé sur l’épaule droite et des chaussures en cuir maintenues par des lanières entrecroisées. Étant habillé en civil, on peut supposer que la statue est adaptée à un contexte pacifique, mais sa représentation n’est pas pour autant dénuée d’autorité.

 

L’empereur Marc Aurèle (121-180 après J-C) est le 5e empereur de la dynastie impériale des Antonins. Il est aussi le dernier des souverains connus sous le nom des “cinq bons empereurs”. Une période de relative stabilité et de prospérité qui s’étale sur 84 ans (96-192 après.J-C) et qui marque l’apogée de l’Empire romain. Marc Aurèle que l’on surnomme aussi l’empereur-philosophe, adepte du stoïcisme, est l’auteur des Pensées pour moi-même, une série de réflexions sur la vie humaine et la doctrine stoïcienne. 

Ce bronze est vraisemblablement élevé en 176 après JC, à l’occasion de son triomphe à Rome pour célébrer ses victoires militaires. En effet, son règne (161-180 après J-C) est marqué par des guerres incessantes pour repousser les incursions germaniques et orientales.

 

Parmi toutes ces statues équestres de la Rome antique, seulement une seule nous est parvenue jusqu’à nous. Comment cette œuvre a-t-elle pu traverser les siècles sans dommage ?

Il faut savoir, qu’à la chute de l’Empire, la majorité des statues antiques ont été fondues. Le nouveau culte monothéiste voyait ces représentations réalistes d’un très mauvais œil. Ces idoles païennes donnaient l’impression de statues animées et pouvaient selon certaines croyances être enchantées par des démons. Qu’importe leurs valeurs artistiques, il fallait les détruire.

Le sauvetage providentiel de cette ultime statue équestre est dû à une erreur ou plutôt à une méprise. En effet, on avait confondu à l’époque Marc Aurèle avec l’empereur Constantin, premier empereur romain converti au christianisme. Il était inconcevable de détruire l’image d’un souverain chrétien. Sauvée, la statue fut placée durant le Moyen Âge devant la basilique Saint-Jean-de-Latran (plus ancienne église de la ville fondée par Constantin) et le palais de Latran, alors résidence pontificale, jusqu’au 16e siècle où elle fut transférée au Capitole ( et restaurée par Michel-Ange par la même occasion). En 1981, fragilisée par l’érosion du temps, elle fut retirée et placée, après restauration, aux musées des capitolins.

 

Cette ultime effigie équestre antique connut durant l’histoire une immense célébrité. Elle inspira les artistes de la Renaissance, comme Donatello qui réalisa une statue équestre en l’honneur d’un condottiere de Venise “Gattamelata” et les souverains de l’époque moderne, comme le roi Louis XIV, qui cherchent à rivaliser avec leurs prestigieux prédécesseurs antiques. 

Bronze de Gattamelata par Donatello à Padoue – Wikicommons

 

Bronze Louis XIV Versailles – Wikicommons

Sources :

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